Jouer à la cachette sans secrets

Jouer à la cachette sans secrets
Johannie Lemire
Acrylique sur toile
27 x 27 pouces
2019

Crédit photo: Donald Trépanier

 

Un tableau à l'acrylique peint de manière réaliste, imitant les rendus numérique. Inspiré par les territoires de l'Abitibi, ces paysages se confrontent au milieu urbain. Les contrastes de scènes, de couleurs, de points de vue, ainsi que la répétition et le rappel de formes et de motifs dans ces différents espaces, participent à un effet de rêve, de mémoire ou de fabrication de l'esprit. 

La silhouette de l’écureuil descendant de l’arbre, dissimulée à travers les branches, m’est apparue soudainement alors que je travaillais sur ce tableau depuis un moment. Les écureuils mêlent le jeu et le travail tout au long de la journée et ces qualités font de lui un animal symbolisant la prévoyance, l'équilibre et le lâcher-prise. Lorsqu’on se cache alors qu’il n’y a ni mensonges, ni forme d’imposture à se reprocher, la cachette devient légère; on se cache du reste du monde dans l’endroit le plus paisible pour déconnecter, tel un havre de paix. 

On peut ressentir dans cette œuvre un sentiment de bien-être et l’idée qu’il peut se trouver peu importe où, dépendant de ce que nous décidons de voir ou de l’attitude que l’on adopte. Mais il peut aussi s’agir d’un endroit que l’on projette d’aller, donc d’une invention, d’une image mentale; fuir la réalité, concrètement ou fictivement. Lorsqu’on souhaiterait être ailleurs, changer de réalité, l’imaginaire peut toujours être une sortie rapide pour s’inventer un monde nouveau et parfait. Y avoir recours peut sous-entendre un mécontentement, de l’ennui, ou encore, être tellement heureux, que peut importe où nous nous trouvons, le drame ne nous atteint pas car nous ne voyons plus l’extérieur de la même manière.

Il questionne également ce besoin de se projeter hors du temps. Tel que Schopenhauer l’exprime, la vie est profondément reliée à une volonté d’existence, qui se traduit à vouloir incessamment autre chose. Même idéaliser suppose qu’une vision encore plus belle que ce que nous vivons pourrait exister, jusqu’à ce qu’elle devienne concrète et que survienne un nouveau désir. La poursuite du bonheur serait sans fin et ne trouverait donc pas de répit. 

C’est par l’ignorance du sujet dans la retranscription rapprochées de formes inconnues, que l’écureuil est passé longtemps inaperçu. C’est comme si examiner trop attentivement résultait à ne plus voir. Tout au long de la création, je suis ailleurs, ou ce monde que je construis se cache. Selon Sartre, exister c’est se projeter dans le futur et par cette action, l’être humain est toujours hors de lui-même. Ainsi, à travers des projections inspirées de notre expérience passée ou d'un futur souhaité, peut naître ce sentiment d’être à côté de la vie elle-même. Le projet même d’exister nous fait parfois oublier le sens de la vie; l’existence se cache. L’existence ne nous explique rien sinon de nous révéler sa contingence. Comme l’écureuil ne se souvient plus où il cache ses réserves et continue sa course, l’être humain cherche à atteindre ses buts, qui prétendent lui construire un avenir éloquent, sans en connaitre la raison profonde. Ailleurs nous semble souvent tout simplement mieux. La réflexion du philosophe Alan Watts poursuit en ce sens: « Le sens de la vie est juste d'être en vie. C'est si pur et si évident et si simple. Et pourtant, tout le monde se précipite dans une grande panique comme s'il était nécessaire d'atteindre quelque chose au-delà d’eux-mêmes. » 

Cette oeuvre explore cette dualité, par l’invitation à apprécier le moment présent, tout en se projetant dans un autre monde.